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Sports

Huit moments où le football s’est retrouvé face à la guerre, au racisme et au pouvoir

Le refus du gardien irlandais Gavin Bazunu d’affronter Israël pour des raisons éthiques a remis en lumière une série de prises de position dans lesquelles des joueurs, des clubs et des sélections ont placé leurs convictions au-dessus des enjeux sportifs, de la lutte contre le racisme et du soutien aux travailleurs jusqu’au boycott de compétitions et de matches pour protester contre des violations politiques et humanitaires.

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Un gardien de football portant un maillot bleu clair et des gants rouges lève le poing pendant un match ou un entraînement. L’écusson de Bolton Wanderers est visible sur le maillot.

La décision du gardien de la sélection de la République d’Irlande et de Bolton Wanderers, Gavin Bazunu, de ne pas disputer un match contre Israël pour des raisons éthiques a mis en lumière huit prises de position majeures dans lesquelles le football a dépassé les limites de la compétition sportive. Des joueurs, des clubs et des sélections ont choisi de défendre des causes humanitaires et politiques, malgré les pertes, les sanctions et les pressions médiatiques qui en ont découlé.

Le match entre l’Irlande et Israël en Ligue des nations a suscité un vif intérêt populaire et politique depuis le tirage au sort, en février dernier. Cette attention s’inscrivait dans le contexte de la solidarité historique de la population irlandaise avec les Palestiniens et des appels au boycott de la rencontre en raison des massacres à Gaza. Le déplacement du match sur terrain neutre, en Serbie, n’a pas changé la position de Bazunu.

Le gardien irlandais a annoncé son retrait de la rencontre, expliquant dans un communiqué officiel que représenter son pays avait une grande valeur à ses yeux, mais que ses convictions éthiques l’empêchaient de participer alors que des innocents étaient tués.

Breitner boycotte le Mondial en Argentine

Il a souligné que sa décision était motivée par son rejet des atrocités commises dans la région, plaçant ses convictions éthiques au-dessus de la possibilité de porter le maillot de la sélection lors du match. Cette décision rappelle celle du joueur ouest-allemand Paul Breitner à l’égard de la Coupe du monde organisée en Argentine en 1978.

Alors que l’absence de Johan Cruyff à cette compétition a longtemps été associée à un récit de boycott politique, il est apparu par la suite qu’il n’y avait pas participé par crainte pour sa famille, après une tentative d’enlèvement traumatisante. Breitner, lui, avait pris publiquement la décision de boycotter le tournoi pour protester contre les violations des droits humains commises par la junte militaire qui dirigeait l’Argentine.

Breitner avait inscrit le but de la victoire en finale de la Coupe du monde 1974, mais il est devenu le seul joueur à boycotter officiellement l’édition 1978 pour cette raison. Il a ainsi renoncé à participer à la plus prestigieuse des compétitions internationales de football, exprimant son rejet du bilan de la junte militaire argentine en matière de droits humains. En Grande-Bretagne, le joueur irlandais James McClean a lui aussi été associé à des prises de position qui lui ont valu des attaques médiatiques répétées.

McClean refuse le symbole en hommage aux victimes des guerres

Il a régulièrement refusé de porter le coquelicot, utilisé pour rendre hommage aux victimes des guerres, en s’appuyant sur son enfance à Derry, où des soldats britanniques avaient tiré sur des civils désarmés lors du massacre du « Bloody Sunday ».

McClean a continué à exprimer sa position lors d’un match amical de son ancien club, West Bromwich Albion, aux États-Unis en 2015. Il a tourné le dos pendant l’hymne national britannique, « God Save the Queen ». Cette attitude lui a valu de sévères campagnes de critiques dans les médias, mais il est resté fidèle à ses choix, liés à la mémoire de sa ville et à son histoire.

Une lourde peine pour le joueur iranien Azadani

26 عاماً
مدة سجن أمير نصر آزاداني

Le défenseur iranien Amir Nasr Azadani, qui avait auparavant joué dans le championnat professionnel, purge une peine de 26 ans de prison pour avoir participé aux manifestations populaires déclenchées après la mort de la jeune femme Mahsa Amini. Son cas constitue l’un des exemples les plus graves du prix payé par un footballeur pour une position liée aux libertés et aux droits des femmes.

La Fédération internationale des footballeurs professionnels, la FIFPRO, a publié un communiqué dans lequel elle se disait « choquée et dégoûtée » par les informations faisant état d’une possible exécution d’Azadani pour avoir simplement défendu les droits des femmes et les libertés fondamentales. La Fédération a annoncé son entière solidarité avec le joueur iranien et demandé l’annulation immédiate de sa peine.

Boateng arrête un match en raison de chants racistes

Face au racisme dans les stades, le Ghanéen Kevin-Prince Boateng a pris une position remarquée en 2013, alors qu’il jouait à l’AC Milan. Lors d’un match contre Pro Patria, il a été la cible de chants racistes répétés de la part de supporters adverses. Il a décidé d’arrêter le jeu, a saisi le ballon avant de le frapper violemment en direction des tribunes, puis a quitté le terrain.

Le capitaine de Milan, Massimo Ambrosini, et les autres coéquipiers de Boateng lui ont manifesté leur solidarité en le suivant jusqu’aux vestiaires, et le match a finalement été officiellement annulé. Le joueur ghanéen a ensuite écrit sur son compte que la persistance de tels comportements était regrettable et appelé à mettre fin au racisme pour toujours.

Les prises de position ne se sont pas limitées aux questions nationales et au racisme. En 1997, l’ancien attaquant de Liverpool Robbie Fowler a profité d’un match de son équipe contre le club norvégien de Brann, en Coupe des vainqueurs de coupe européenne, pour afficher son soutien à 500 dockers de Liverpool, licenciés abusivement après une grève qui avait duré plus de deux ans.

La rencontre a été interrompue après que le quatrième arbitre, Sebastian Colțescu, a été accusé d’avoir employé une expression raciste à l’encontre de Pierre Webó, entraîneur adjoint de l’équipe turque. Les joueurs de Başakşehir ont quitté le terrain pour protester, avant d’être rejoints par ceux du Paris Saint-Germain, qui sont partis à leur tour en solidarité avec leurs adversaires.

Piara Powar, directeur exécutif de l’organisation Football Against Racism, a décrit la scène comme totalement inédite, soulignant que le départ de joueurs en soutien à leurs adversaires dans la plus grande compétition mondiale de clubs portait un message dont l’importance ne pouvait être minimisée.

L’une des plus anciennes de ces prises de position remonte à l’Union soviétique, qui possédait l’une des générations les plus fortes du football dans les années 1960 et 1970. Elle a pourtant renoncé à une qualification pour la Coupe du monde 1974 en refusant de se rendre au Chili pour le match retour des barrages intercontinentaux.

La décision a été prise deux semaines après le coup d’État militaire mené par le général Augusto Pinochet, alors que le stade national de Santiago avait été transformé en centre de détention et en lieu d’exécution d’opposants de gauche. Les Soviétiques ont demandé que le match soit déplacé sur un terrain neutre, mais la Fédération internationale de football, la FIFA, a rejeté leur demande et ils ont annoncé leur boycott. La rencontre a été organisée de manière symbolique: le Chili a inscrit un but dans une cage vide pour y mettre fin.