Des articles de presse et des analyses américains rapportent que les opérations militaires en cours contre l’Iran ont épuisé une part importante des stocks américains de missiles offensifs et intercepteurs, ce qui pourrait limiter la capacité des États-Unis à poursuivre la guerre et à se préparer à d’éventuelles crises en Asie et en Europe. L’administration du président Donald Trump nie toutefois toute pénurie et affirme que l’arsenal américain est en mesure de répondre aux besoins actuels et futurs.
Baisse des missiles offensifs
La correspondante en chef de Newsweek pour les questions de défense, Ellie Cook, a déclaré que les forces américaines avaient consommé la quasi-totalité de leur stock de systèmes de missiles tactiques de l’armée « ATACMS » et de missiles de frappe de précision. Ces missiles balistiques sont lancés depuis la terre et permettent de frapper des cibles en profondeur en Iran, à partir de distances importantes, sans exposer les avions de combat américains aux dangers de la défense antiaérienne.
Newsweek a rapporté, citant l’agence Reuters, que le stock restant de missiles de croisière « Tomahawk » était inférieur à la moitié du stock total, après que la marine américaine eut lancé plus de 1 000 missiles de ce type depuis le début de la guerre avec l’Iran en février dernier. Selon le Wall Street Journal, le nombre de missiles utilisés au cours du seul premier mois a dépassé 850.
Épuisement des systèmes de défense antiaérienne
Selon les informations rapportées, l’épuisement a également touché les systèmes de défense antiaérienne. Newsweek a cité le Center for Strategic and International Studies, selon lequel le stock de missiles intercepteurs du système « THAAD » est passé d’environ 452 missiles avant la guerre à environ 234 missiles à la fin de juillet dernier, tandis que le stock de missiles « Patriot » a diminué d’environ 2330 missiles à quelque 759 missiles au cours de la même période.
La chaîne CNN a également rapporté, citant des sources militaires, des estimations selon lesquelles les États-Unis avaient consommé entre 65 et 80 % des missiles « THAAD », ainsi qu’environ la moitié des missiles « Patriot ». Ces estimations suscitent des inquiétudes quant au niveau de protection des installations militaires américaines dans la région contre les salves de missiles balistiques iraniens.
Newsweek a également cité un rapport de la Heritage Foundation, qui avertissait que le stock américain actuel de missiles intercepteurs était devenu « insuffisant » pour mener un conflit armé avec la Chine. Le rapport indique que les forces américaines pourraient épuiser la totalité de leurs missiles intercepteurs « dès les premiers jours » si leurs bases dans le Pacifique étaient la cible d’une attaque chinoise surprise.
Dans un autre article d’Ellie Cook, Newsweek a indiqué que les inquiétudes concernaient notamment la sécurité des bases américaines au Moyen-Orient, qui ont été la cible d’attaques iraniennes et d’autres attaques menées par des groupes alliés à Téhéran. Selon les données de l’Armed Conflict Location & Event Data Project, des installations américaines au Koweït, à Bahreïn et en Jordanie ont subi des dizaines d’attaques entre le 18 juin et le 28 juillet derniers.
Des répercussions qui s’étendent à l’Ukraine et à l’Asie
Les répercussions de la pénurie dépassent le Moyen-Orient : Newsweek a indiqué que l’Ukraine souffrait déjà d’une pénurie de missiles intercepteurs « Patriot », ce qui a affecté sa capacité à faire face aux attaques russes. L’article cite les autorités ukrainiennes, selon lesquelles aucun missile balistique n’a été intercepté lors de la dernière attaque russe contre Kyiv en raison d’un manque de missiles intercepteurs, faisant des morts et causant d’importantes destructions.
Dans un article rédigé par les journalistes Nancy Youssef et Jonathan Lemire, le magazine The Atlantic a estimé que la crise des munitions affectait désormais le cours de la guerre et réduisait la marge de manœuvre de l’administration Trump. Il a indiqué que les quantités restantes de certaines armes essentielles étaient tombées à des niveaux critiques, ne représentant qu’environ 20 % de ce que requièrent les opérations de planification militaire au sein du ministère de la Guerre américain (le Pentagone).
Selon l’article, les effets de la pénurie ne se limitent pas aux opérations contre l’Iran, mais pourraient également affaiblir la capacité de Washington à faire face à une éventuelle escalade en Asie ou à des menaces simultanées de la Russie ou de la Chine. Il ajoute que le secrétaire à la Guerre, Pete Hegseth, a demandé aux républicains au Congrès d’allouer des milliards de dollars à la reconstitution des stocks.
La production de défense au cœur des calculs de l’escalade
The Atlantic a souligné que le financement n’offrait pas de solution rapide en raison de la capacité de production limitée de l’industrie de défense américaine, les missiles visés par les nouveaux contrats ne devant être livrés que dans les prochaines années. Le magazine a estimé que l’offre et la demande de systèmes tels que le « Patriot » ne s’équilibreraient pas avant la fin de la décennie actuelle.
Le magazine a cité un haut responsable au fait du dossier, selon lequel Trump s’était montré furieux lors d’une réunion au complexe de Camp David, après avoir pris connaissance d’une évaluation de sécurité faisant état d’une baisse du stock de munitions nécessaires à toute nouvelle escalade contre l’Iran.
Il a qualifié de « fausses » les informations sur la pénurie de munitions et considéré les fuites les concernant comme une « trahison », affirmant que les entreprises américaines continuaient d’expédier de « grandes quantités » de munitions en fonction des besoins.
Les informations indiquent que la poursuite des opérations ne dépend pas seulement de la capacité des États-Unis à mener des frappes, mais aussi de leur capacité à intercepter les ripostes iraniennes et à remplacer les munitions consommées. La capacité de production des industries de défense se trouve ainsi au cœur des calculs de Washington concernant l’escalade et la voie diplomatique, ainsi que des exigences liées au maintien de son niveau de préparation dans d’autres régions du monde.
