Les forces du gouvernement yéménite soutenues par l’Arabie saoudite ont pris lundi 5 octobre 2026 des positions stratégiques près du détroit de Bab el-Mandeb et de vastes secteurs du district de Dhubab qui le surplombent, selon trois sources militaires et une source gouvernementale, dans le cadre d’une offensive visant à reprendre des zones conquises par les houthis lors de leur progression sur la côte ouest en septembre dernier.
Les forces gouvernementales consolident leurs positions à Bab el-Mandeb
Les sources ont indiqué que les forces gouvernementales s’efforçaient d’établir leur contrôle total de la zone, avec l’appui d’une couverture aérienne intensive fournie par la coalition militaire dirigée par l’Arabie saoudite. Les forces du Bouclier de la nation et les Brigades des Géants participent aux opérations, aux côtés de combattants de la résistance populaire, tandis que se poursuivent les opérations de ratissage, la sécurisation des positions et la coupure des lignes d’approvisionnement et des routes menant au détroit.
Les forces gouvernementales ont déclaré avoir repris l’aéroport militaire de Dhubab et progressé vers des hauteurs dominant Bab el-Mandeb après avoir effectué un mouvement de contournement dans la zone. Elles ont également affirmé que les affrontements avaient fait des morts et des blessés dans les rangs houthis et détruit ou mis hors d’usage des véhicules et équipements militaires appartenant au mouvement, un bilan attribué à la source militaire gouvernementale.
La version houthie dément toute avancée près du détroit
En revanche, des médias favorables aux houthis avaient précédemment démenti toute avancée des forces gouvernementales dans la région. Une agence dirigée par le mouvement a cité une source militaire affirmant que ses combattants avaient chassé les forces gouvernementales du district d’Al-Mawaset, dans le gouvernorat de Taëz, et atteint le domicile du président du Conseil présidentiel, Rachad al-Alimi, dans un récit distinct des développements sur le front côtier.
Al-Mawaset se trouve près de la principale route reliant les villes de Taëz et d’Aden, un axe essentiel pour approvisionner les forces gouvernementales à Taëz, restée sur les lignes de front depuis les premières années de la guerre. Les combats les plus violents se concentrent dans le sud-ouest du Yémen, tant dans les zones côtières proches de Bab el-Mandeb que dans les hauteurs entourant la ville de Taëz, où les houthis cherchent à encercler les positions gouvernementales et à entraver leurs voies d’approvisionnement.
Un soutien aérien saoudien aux opérations yéménites
Le porte-parole de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite, Turki al-Maliki, a déclaré que 100 avions de combat soutenaient les forces yéménites, précisant qu’une protection aérienne était assurée au-dessus du détroit de Bab el-Mandeb et que des centaines de positions houthis étaient visées. Riyad soutient la campagne par sa force aérienne, arme et entraîne également des unités gouvernementales yéménites et cherche à fournir un appui logistique à l’opération.
Le gouvernement yéménite reconnu internationalement avait annoncé dimanche 4 octobre le lancement d’une campagne militaire visant à reprendre les zones sous contrôle houthi. Al-Alimi avait déclaré que les opérations se poursuivraient jusqu’à la libération du pays de ce qu’il a qualifié de « l’emprise de la milice terroriste », avant d’annoncer le lendemain le lancement d’une opération baptisée « Aube du Yémen », destinée à reprendre les institutions de l’État, à contrôler Sanaa et à mettre fin au contrôle exercé par les houthis sur la capitale.
La campagne fait suite aux gains côtiers des houthis
L’opération intervient après plusieurs semaines de combats sur plusieurs fronts, consécutifs à l’avancée des houthis sur la côte de la mer Rouge et à leur prise de contrôle de Mokha ainsi que de zones et d’îles proches de Bab el-Mandeb en septembre.
Les combats revêtent une importance qui dépasse le cadre intérieur yéménite, le détroit reliant la mer Rouge au golfe d’Aden et constituant une voie majeure pour le commerce et l’énergie entre l’Asie et l’Europe via le canal de Suez. Les inquiétudes concernant la navigation et les approvisionnements énergétiques se sont accrues après la limitation des exportations du Golfe due à la fermeture par l’Iran du détroit d’Ormuz, ce qui a renforcé l’importance de la route de Bab el-Mandeb et accru le risque de perturbation d’un autre itinéraire de transport du pétrole.
Selon ses objectifs annoncés, la campagne gouvernementale vise à éloigner les houthis de cette voie maritime et à rétablir la navigation en mer Rouge, ainsi qu’à mettre fin aux attaques de missiles et de drones visant des villes et des installations saoudiennes.
Le conflit yéménite a pris sa forme actuelle après la prise de Sanaa par les houthis en 2014, avant l’intervention l’année suivante d’une coalition dirigée par l’Arabie saoudite en soutien au gouvernement.
Les combats ont ensuite connu une situation de blocage sur la plupart des fronts, jusqu’à l’entrée en vigueur d’une trêve en 2022, qui s’est maintenue de manière fragile avant de s’effondrer durant l’été 2026 et de laisser place à une reprise généralisée des affrontements.