Plus de 3 millions de personnes revenues à Khartoum sont exposées aux risques liés aux mines, aux munitions non explosées et aux restes des combats, alors que l’on craint qu’environ 16 % de la superficie de la capitale ne soit contaminée par ces matériaux. L’organisation Handicap International se prépare à lancer des opérations de déminage début novembre 2026.
Mises en garde contre les risques liés au retour à Khartoum
Vincent Dalonne, directeur de l’organisation au Soudan, a averti que le retour des habitants dans les zones touchées pouvait les exposer à des menaces cachées sous les décombres, dans les rues et dans les habitations. Il a expliqué que le pays faisait face à l’une des pires crises humanitaires au monde et que des millions de civils restaient exposés à des dangers dont la gravité n’était pas moindre que celle des effets des combats directs.
Dans un entretien avec la presse, Dalonne a déclaré qu’environ 33 millions de personnes au Soudan avaient besoin d’une aide humanitaire, dont 18 millions en avaient un besoin urgent. Il a ajouté que les autorités encourageaient les habitants à retourner à Khartoum depuis janvier 2026, après deux années de combats, précisant que le nombre de personnes revenues dans la capitale avait dépassé 3 millions.
Selon le responsable, les personnes de retour découvrent une ville dont le visage a changé: ses rues, ses habitations et ses infrastructures ont été endommagées, tandis que beaucoup ne disposent pas des connaissances nécessaires pour distinguer les engins explosifs, en reconnaître la forme et évaluer leur degré de dangerosité. Cela accroît le risque d’accidents en entrant dans les habitations ou en se déplaçant dans les quartiers touchés.
Dalonne a souligné que les enfants figuraient parmi les catégories les plus exposées, car ils peuvent ramasser des engins explosifs en jouant, les prenant pour des objets ordinaires. Les risques sont également liés aux opérations de déblaiement et de reconstruction de la ville. Il a averti que « partout à Khartoum, les tas de décombres peuvent se transformer en véritables bombes ».
Les risques liés aux explosifs s’étendent aux régions d’Al-Jazira
La contamination par les explosifs ne se limite pas à Khartoum, mais s’étend à des zones rurales, notamment à la région d’Al-Jazira, située au sud de la capitale. La présence de mines et de restes des combats menace la sécurité des agriculteurs et des éleveurs, entrave l’exploitation sûre des terres agricoles et des zones de pâturage et freine la reprise des activités économiques qui leur sont liées.
Handicap International prévoit de mener ses opérations à Khartoum en réponse aux signalements reçus via une ligne d’assistance téléphonique, en accordant la priorité à la sécurisation des écoles. Cette initiative s’accompagnera d’actions visant à sensibiliser la population à la manière d’identifier les matières dangereuses et d’éviter de les manipuler, dans un environnement urbain densément peuplé où il est difficile de repérer les explosifs enfouis sous les tas de décombres.
Dalonne a expliqué que la préparation de l’opération avait pris du temps en raison des procédures d’homologation, de la constitution et de la formation des équipes, ainsi que de l’importation de matériel indisponible localement. Il a ajouté que la baisse des financements humanitaires constituait un autre obstacle à l’élargissement des opérations de déminage afin de couvrir des quartiers entiers de la capitale et d’autres zones touchées.
Le déminage, une condition pour le retour à la vie
Le directeur de l’organisation estime que le déminage ne constitue pas seulement une mesure de sécurité, mais une condition au rétablissement de la vie sociale et économique, à la sécurisation des déplacements de la population et à la réouverture des terres à l’agriculture et au pâturage.
Sans déminage, il est impossible de retrouver une vie normale