Le gouvernement français fait face à des pressions pour augmenter le financement de l’éducation, alors qu’il prépare des mesures de 43 milliards d’euros (48.06 milliards de dollars) destinées à assainir les finances publiques dans le budget 2027. Ces mesures visent à ramener le déficit à 5 % du PIB, contre 5.4 % attendus cette année, sur fond de manifestations et de fermetures d’écoles ce jeudi pour protester contre le manque d’enseignants et la dégradation des bâtiments.
Le nombre d’écoles fermées est passé de 224 jeudi matin à 157 à la mi-journée, tandis que le ministère de l’Éducation a annoncé que 96 % des établissements étaient ouverts. Les manifestations se sont poursuivies, alors que le mouvement entrait dans sa troisième semaine, dans des villes comme Lille, Rennes, Nantes, Paris, Toulon et Marseille, malgré une baisse du nombre de participants dans certaines villes par rapport aux précédentes mobilisations.
Le Premier ministre français, Sébastien Lecornu, s’est engagé mercredi soir à présenter d’ici à la fin du mois des réponses concrètes, rapides et financées. Le ministre de l’Éducation, Édouard Geffray, a annoncé travailler à un plan d’urgence pour remplacer les enseignants absents et revoir les emplois du temps, afin de contenir les manifestations.
Des demandes de financements supplémentaires face à un budget contraint
La porte-parole de l’Union étudiante, Sabrine Kharbach, a appelé à débloquer 10 milliards d’euros supplémentaires (11.18 milliards de dollars). Les revendications du mouvement comprennent une augmentation du nombre de places universitaires, la rénovation des bâtiments et une réforme du système d’admission à l’université. Des responsables étudiants ont évoqué l’organisation de manifestations plus importantes la semaine prochaine.
Ces revendications placent le gouvernement face à plusieurs options: réaffecter les crédits, trouver des recettes supplémentaires ou accepter un déficit plus élevé. L’objectif de déficit de 5 % en 2027 reste supérieur au plafond de 3 % fixé par l’Union européenne pour ses États membres.
La dette publique française a atteint 3 600 milliards d’euros (environ 4 020 milliards de dollars), soit 119 % du PIB à la fin du deuxième trimestre 2026, selon l’Institut français de la statistique. La dette a augmenté de 59.6 milliards d’euros (66.61 milliards de dollars) au cours de ce trimestre, après une hausse plus importante au premier trimestre.
Les dépenses et les impôts compliquent la réduction du déficit
Les dépenses publiques ont atteint 57.3 % du PIB en 2025, contre des recettes équivalant à 52.2 %, portant le déficit à 5.1 %, après 5.8 % en 2024, selon les calculs de l’Institut français de la statistique. La réduction du déficit en 2025 reposait principalement sur des hausses d’impôts de 23 milliards d’euros (25.71 milliards de dollars), selon la Cour des comptes française, tandis que les dépenses ont continué de progresser à un rythme légèrement supérieur à celui de l’économie.
Les dépenses de santé ont augmenté de 4.9 % et les pensions de retraite versées par le régime de sécurité sociale et les caisses complémentaires de 3.5 % en 2025. Ces hausses interviennent alors que les besoins liés au vieillissement de la population, à la défense et aux transitions numérique et écologique augmentent, selon le rapport des consultations de 2026 du Fonds monétaire international avec les autorités françaises.
Le Fonds monétaire international a indiqué en juillet dernier que la guerre en Iran commençait à peser sur l’activité, tandis que la hausse des prix de l’énergie avait accru l’inflation et affaibli la demande intérieure en France. Le ralentissement de l’activité limite la progression des bases imposables, alors que les mesures de soutien aux ménages et aux entreprises pourraient accroître les dépenses et retarder la réduction du déficit.
Les pressions financières interviennent alors que le Parlement français est divisé. Dans un rapport publié en juin dernier, la Cour des comptes a relevé que les mesures correctives proposées pour 2026 avaient été assouplies lors de leur examen par le pouvoir législatif, ce qui complique davantage la stabilisation de la trajectoire de redressement budgétaire.
Le coût de la dette évince les dépenses consacrées aux services publics
Le coût du service de la dette de l’État, qui inclut la compagnie ferroviaire, devrait atteindre environ 72.93 milliards d’euros (81.51 milliards de dollars) en 2027, soit une hausse de 10.32 milliards d’euros (11.53 milliards de dollars) par rapport à la dernière estimation pour 2026, selon les documents budgétaires français. Ce coût pourrait atteindre 93.4 milliards d’euros (104.39 milliards de dollars) en 2029.
Le gouvernement attribue cette hausse à l’augmentation du volume de la dette et à la transmission progressive de taux d’intérêt plus élevés aux emprunts existants lors de leur renouvellement. Une part plus importante des ressources est ainsi consacrée au service des engagements passés, ce qui réduit la capacité à financer l’éducation, les services publics et l’investissement.
L’économiste spécialiste de la France Kamil Al-Sari établit un lien entre les pressions liées à la dette et à son service et le retour du débat sur le non-remplacement de certains fonctionnaires et retraités partis. Il a expliqué que la difficulté à trouver des remplaçants laissait certains élèves sans cours dans des matières fondamentales pendant de longues périodes, sur fond de désaccord politique concernant la taille de l’État et l’efficacité de la gestion de l’éducation.
L’inquiétude financière s’est également étendue au secteur privé: le 7 octobre courant, le coût de la protection contre le défaut sur la dette des banques françaises a augmenté par rapport à celui de leurs homologues européennes, tandis que les spreads de rendement des obligations des entreprises françaises se sont élargis, dans un contexte de craintes liées au déficit, aux divisions politiques et aux troubles sociaux.
Hausse des crédits de l’éducation et baisse du nombre de postes d’enseignants
Le projet de budget de l’éducation prévoit d’allouer 64 milliards d’euros (71.53 milliards de dollars) en 2027, hors cotisations de retraite, soit une hausse de 1.2 milliard d’euros (1.34 milliard de dollars), selon le ministère de l’Éducation. Le projet prévoit dans le même temps une réduction nette de 1588 postes d’enseignants à temps plein.
Le ministère justifie la réduction des postes d’enseignants par une baisse attendue d’environ 180 000 élèves au début de la prochaine année scolaire. Il propose toutefois d’augmenter le nombre total de postes de 3257, notamment dans les fonctions de soutien, pour les étudiants des programmes de formation des enseignants et pour les stagiaires. Selon Al-Sari, la baisse du nombre d’enfants dans certaines zones ne supprime pas les écarts de besoins entre les établissements, en raison des déménagements des familles et de l’évolution de la répartition de la population.
Les dépenses publiques par élève en France, de l’enseignement primaire à l’enseignement supérieur, ont atteint 13 787 dollars en 2023, contre 13 601 dollars en moyenne dans l’Organisation de coopération et de développement économiques, en parité de pouvoir d’achat. Cette situation place la répartition des ressources et l’efficacité de leur utilisation au cœur du débat sur la crise.
Le coût direct de la poursuite des manifestations comprend la réparation des biens endommagés, la sécurisation des établissements et le rattrapage des cours, certaines mobilisations ayant été marquées par des incendies et des dégradations d’abribus. Le maintien de l’ouverture de la majorité des écoles limite toutefois la possibilité de considérer les manifestations comme un arrêt généralisé de l’activité économique.
La Banque de France avait prévu en septembre dernier une croissance de l’économie de 0.4 % cette année, de 0.9 % en 2027, puis de 1.2 % en 2028, avec une amélioration de la demande intérieure. Al-Sari avertit que les différences dans la capacité des ménages à recourir à l’enseignement privé et à un soutien supplémentaire pourraient creuser les écarts de compétences, avec des conséquences futures sur la productivité et les recettes fiscales.